Extrait
Le tronc. La peau de Glark contre la mienne. L'écorce mousseuse autour de nous. L'attente.
Les souvenirs de cet instant sont encore vifs dans ma mémoire. Les odeurs du passé se mêlent. La transpiration acre du gorderive, l'humus en décomposition, les relents résineux des épines de pin... Tout était si intense !
Un cercle bleu nous surplombait. Le ciel. Si calme. Indifférent à notre fuite. Je le scrutais, la peur au ventre. Si quelqu'un nous poursuivait, il apparaîtrait par cette maigre ouverture. Mais j'avais beau retenir ma respiration, j'avais beau imaginer l'un des membres de mon peuple découvrir notre cachette, au fond de l'arbre à noeuds, il n'y avait que ce ciel bleu au-dessus de nous et le lent passage des nuages.
Sécurité.
Bien-être.
Amitié.
Les sens de Glark reflétaient les miens. Malgré toute la tension de cet instant, nous étions heureux ensemble. Rien n'aurait pu nous séparer.
Je suis devenu adulte ce jour-là. Au début du mois de Taranys, en 271 de l'ère des Pères. Ce moment était planifié depuis des années, mais je n'avais jamais imaginé que cela se passerait dans ces conditions.
Quand j'étais larveylin, je visualisais ma cérémonie de passage à l'âge adulte comme une journée joyeuse. Je pensais me placer parmi les fedeylins de ma génération, avancer vers les Pères Fondateurs puis subir l'extraction de mes ailes comme les autres. Ma famille m'entourerait, me féliciterait et me guiderait dans mon premier vol d'adulte.
Mais depuis la cérémonie du Mudeylin de mes soeurs, je doutais. Que se passerait-il quand les Pères chercheraient la marque de ma caste derrière mon oreille gauche ? Ils ne trouveraient rien. J'avais appris à vivre avec cette absence, en dissimulant ma différence, mais tout pouvait basculer selon le bon vouloir des Pères.
Je suis devenu adulte ce jour-là. Pas parce que Reyvil a extrait l'articulation de mes ailes hors de mes excroissances. J'ai franchi ce cap en prenant une décision : si les Pères ne mentaient pas à mon peuple, s'ils avouaient mon absence de marque, je partirais.
J'avais même fait mes adieux à ma famille.
Ce n'était pas un choix facile, mais je ne le regrettais pas.
Quelques ombres après ma fuite, je me cachais dans le tronc creux d'un arbre à noeuds avec mon ami Glark. Lui aussi avait quitté les siens.
Quand les dirigeants gorderives l'avaient désigné pour partir en expédition vers le désert, à la recherche d'une mare plus grande à coloniser, nous savions tous les deux qu'il était condamné à mort. Personne ne pouvait survivre au-delà de la frontière où la terre se craquelle.
Présentation de l'éditeur
Cahyl et Glark ne trouvant pas leur place dans la société décident de fuir et de s’isoler. Les événements vont les ramener chez eux en héros.