1. L'Écosse vit le pire hiver son histoire. Certains pensent même e jour du Jugement dernier est arrivé...
Le roi Alexandre III est assassiné et laisse le trône d'Écosse sans héritier. Aussitôt, deux familles de la noblesse écossaise rivalisent pour sa succession, et mènent le pays au bord de la guerre fratricide. Ce que ces prétendants au trône ignorent, c'est qu'un troisième homme se prépare dans l'ombre. Un adversaire de taille, le roi d Angleterre Edouard Ier en personne, appelé en médiateur. Lui qui a en partie soumis l'Irlande et le pays de Galles rêve d'assujettir l'Écosse. Depuis près de deux décennies, il ourdit un plan de conquête inspiré par une très ancienne prophétie censée transfigurer à jamais le visage de l'Angleterre : la prophétie de Merlin...
Mais le destin semble en avoir décidé autrement. Au coeur de ces guerres intestines, un jeune noble va s'élever pour défier le plus grand roi d'Angleterre. Son nom est Robert Bruce. Et son histoire commence dans Insurrection.
«Un excellent nouveau roman signé Robyn Young et le début prometteur d'une nouvelle trilogie passionnante.»
Canberra Times
«Parfaitement documenté et soigneusement écrit [...] Les scènes de combats sont sensationnelles.»
The Telegraph
Robyn Young est née en 1975 à Oxford. Irlandaise et galloise du côté de sa mère, anglaise et écossaise du côté de son père, elle a toujours été fascinée par son héritage celtique. Auteur de la remarquée trilogie L'Âme du Temple, parue au Fleuve Noir, elle revient aujourd'hui avec le premier tome de sa nouvelle série, Les Maîtres d'Écosse.
Retrouvez l'auteur sur son site : www.robynyoung.com
Extrait
C'était la voix de Dieu. Et Dieu était furieux.
L'intendant du roi, qui passait entre les tréteaux et les bancs, sursauta lorsque le ciel craqua et qu'un nouvel éclair embrasa les lointains. Dans la salle bondée, l'un des plus jeunes domestiques baissa la tête en une attitude que l'intendant prit pour une prière. La tempête était juste au-dessus d'eux, elle écrasait les tours et les remparts, annihilait la lumière de l'après-midi et plongeait le château dans les ténèbres en pleine journée. Le sentiment de terreur, qui avait pris corps quelques mois plus tôt avec les rumeurs, était désormais si tangible que même Guthred - que toutes ces discussions avaient laissé de marbre - ne pouvait s'empêcher de le ressentir.
Lorsque la foudre frappa de nouveau, il leva les yeux vers l'enchevêtrement de poutres en se demandant ce qu'il arriverait si elle frappait le toit. Il se représenta une scène biblique : le feu blanc qui s'abat, les corps calcinés éparpillés au sol, les mains agrippées sur les couteaux et les coupes. S'élèveraient-ils au ciel après être tombés ? Il regarda la carafe qu'il tenait dans sa main couverte de taches de son. Et lui ? Fermant à demi les paupières, Guthred entama une supplique muette avant de se reprendre. Ça n'avait aucun sens. C'étaient ces terribles orages de mars qui avaient provoqué les jérémiades des vieilles femmes et les sermons des gens d'Église. Il continua à progresser entre les tables, mais il avait du mal à ignorer la voix qui lui rappelait dans un murmure que les rumeurs avaient commencé bien avant que le nord n'ouvre sa gueule et ne déverse sur l'Écosse un déluge de neige, de vent et de foudre.
Serrant fermement la carafe de peur de perdre une goutte du précieux liquide qu'elle contenait, l'intendant grimpa l'escalier en bois du dais qui occupait l'extrémité de la grande salle. Chaque marche le hissait un peu plus au-dessus des têtes des seigneurs, des domestiques, des chiens et des parasites qui se battaient pour de l'espace et un peu d'attention. Guthred avait déjà vu les huissiers, sur ordre du majordome, raccompagner plusieurs jeunes gens qui avaient réussi à pénétrer dans la salle où ils n'étaient pas conviés. Les jours de fêtes étaient toujours chaotiques : les écuries ne pouvaient accueillir tous les chevaux, les logements n'étaient pas prêts, les messages arrivaient avec peine, les domestiques devenaient maladroits à force de hâte et leurs maîtres perdaient leur calme.
Cependant, malgré ces difficultés et le temps agité de l'après-midi, le roi semblait de bonne humeur. Lorsque Guthred s'approcha, il riait à quelque répartie de l'évêque de Glasgow. Le visage du roi était rouge, sous l'effet du vin et de la chaleur étouffante émanant des cheminées, et il avait renversé quelque chose sur sa robe. Autour de la table, sous le dais, la paille étalée le matin même collait aux pieds à cause des miettes de gâteau au miel et des gouttes de sauce et de vin. Les huit hommes installés de chaque côté du roi parlaient fort, chacun voulant s'exprimer malgré l'orage et les bavardages des autres convives, et le vieil intendant dut se pencher pour se faire entendre.
- Encore du vin, Votre Majesté ?