Sagan et fils

Denis Westhoff

Languages: French

Rating: ★★★☆☆

Publisher: Stock

Published: 2012

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Summary

Françoise Sagan est morte le 24 septembre 2004, laissant une dette fiscale de plus d'un million d'euros et une œuvre, composée d'une trentaine de romans et d'une dizaine de pièces de théâtre, sur le point d'être purement et simplement liquidée. Denis Westhoff, son fils unique, décide, en 2006, d'accepter cette succession empoisonnée, hors norme. Il réalise alors que la femme publique, celle que tout le monde croit connaître, prodigue avec son argent, aimant vivre dangereusement et de préférence à cent à l'heure, lui est longtemps restée inconnue. Lui a été aimé et élevé par une mère qui a pris soin de le protéger des éclats de sa légende. En repassant par certains lieux, en se remémorant des anecdotes, des moments forts, gais ou douloureux, des conversations intimes, en dessinant les portraits de ceux qui ont vraiment fait partie du cercle Sagan, il éclaire d'une lumière totalement inédite l'une des figures majeures de la littérature française. Extrait Lorsqu'elle me parlait de son enfance et de sa jeunesse, ma mère faisait toujours le tri dans ses souvenirs. Les épisodes tragiques d'un côté où ils demeuraient cachés, protégés de mes regards par une grande pudeur, et les moments de bonheur, les moments drôles, ceux qui pouvaient m'être révélés, de l'autre. Les moments tristes ou ennuyeux, car il dut bien y en avoir, elle ne me les racontait pas ; la mémoire était sélective, disait-elle, et ne voulait bien garder que les souvenirs les plus heureux ou les plus étonnants. De ce fait, je n'eus de son enfance que des récits amusants. Et lorsqu'il lui arrivait de me raconter des épisodes qui pouvaient paraître graves, tous se rejoignaient par leur issue heureuse ou inattendue. Qu'il s'agisse des souvenirs des années de guerre et d'après-guerre, ou de ce qu'elle connut plus tard, bien plus tard, lorsque nous vivions ensemble, je pense que ma mère a toujours voulu me tenir à distance des événements les plus tragiques, les plus violents ou les plus tristes. Elle savait qu'elle ne pourrait pas me protéger de tout, mais il y avait certaines choses qu'elle considérait comme suffisamment choquantes pour ne pas les partager avec son fils. De manière générale, elle usait toujours de cette délicatesse qui consiste à ne jamais heurter, ne jamais blesser les gens avec des mots ou des idées. «Le malheur est indécent. Et, en plus, il ne vous apprend rien.» Lorsque j'eus onze ans, il y eut une terrible catastrophe au Salon du Bourget. Un Tupolev 144, la copie russe du Concorde, s'écrasa sur le village de Goussainville. J'étais à la maison avec ma mère et le hasard voulut que la télévision, pourtant toujours éteinte, fût allumée ce jour-là. Le journal télévisé annonça la nouvelle et prévint que des images de l'accident allaient être diffusées. Ma mère me pria alors instamment de sortir de la pièce. Bien que les Quoirez vécussent dans le Vercors - mon grand-père s'était vu confier la direction d'une usine dans le Dauphiné, en Isère, à Saint-Marcellin -, une région qui devint, avec les mouvements de Résistance qui s'y implantèrent, l'un des endroits les plus agités en France où se déroulèrent certains des épisodes dramatiques de la guerre, ma mère fut épargnée des pires violences et atrocités. Elle n'échappa cependant pas à la vision de ces femmes rasées que l'on exhiba dans les rues du village, à la Libération, et contre laquelle ma grand-mère s'insurgea en criant : «Vous n'avez pas le droit de faire ça, ce sont les mêmes procédés que les Allemands !» Elle comprit ce jour-là que le monde n'est pas tout blanc d'un côté et tout noir de l'autre. Mais le vrai choc de cet immédiat après-guerre, ce fut à Lyon, dans un cinéma de quartier, où elle découvrit avec effarement les premières images des camps de la mort. À compter de ce jour, elle ne laissa plus jamais dire de mal d'une minorité, d'une «race» ou d'un opprimé en sa présence. Je la vis un jour reconduire un invité à la porte de chez nous, poliment, parce qu'il avait médit d'un Juif. Quelque temps plus tard, nous étions à un dîner chez des gens et pour les mêmes raisons, je ne sais plus s'il s'agissait cette fois d'un Juif ou d'un Noir, elle se leva de table, prit son manteau, son sac, moi par la main, et sortit. C'est aussi à compter de ce jour qu'il ne fut plus question d'un quelconque rapprochement avec Dieu. Même si je pense que, d'une certaine manière, ma mère fut une sainte, elle était véritablement athée. Elle pensait, comme Faulkner, que ce n'était pas la religion mais bien «l'oisiveté qui engendre toutes nos vertus, nos qualités les plus supportables : contemplation, égalité d'humeur, paresse, laisser les gens tranquilles, bonne digestion mentale et physique...». *--Ce texte fait référence à l'édition Broché . Revue de presse Entreprenant, après maints biographes et un nombre plus considérable encore de témoins plus ou moins bien intentionnés, d'écrire à son tour sur Françoise Sagan, son fils, Denis Westhoff sait qu'il a, avec la légende Sagan, «de jolis comptes à régler»... La femme que raconte Denis Westhoff (né en 1962), c'est une mère attentive, une amie généreuse, pratiquant la gaieté et la délicatesse parce qu'il n'est pas d'autre façon concevable de vivre. C'est aussi, profondément, une personnalité solitaire, n'aimant rien tant qu'être entourée de gens aimés tout en gardant subti­lement ses distances. Repliée, par exemple, dans le «sanctuaire paisible et gai» que constituait sa maison de Normandie, lisant des après-midi entières allongée seule dans son bureau, tandis que de l'autre côté de la cloison bruissent les conversations et les rires. (Nathalie Crom - Télérama du 23 mai 2012) Il ne l'appelle pas "Françoise". Ou "Sagan". Ou "maman". Tout au long du livre il dit "ma mère". Françoise Sagan n'eut qu'un seul enfant, un garçon, Denis Westhoff, 50 ans cette année. Après tant de biographies, de témoignages et d'articles, c'était bien à son tour de proposer "sa" vérité, non ? De montrer quelle femme, quelle épouse, quelle amie, quel écrivain Françoise Sagan a été. Quelle mère aussi. Intermittente ? Insuffisante ? Incompétente ? Vous pensez, toutes ses nuits dehors, ses voitures rapides, sa bande de parasites, son addiction au jeu et à la drogue, ses retraits pour écrire... Une mère déplorable, donc ? Pas du tout ! Une mère épatante qui lui a appris le respect, la liberté, l'indignation, l'enthousiasme, qui lui a donné le goût de la lecture. "Ma mère et moi, écrit Denis Westhoff, avons partagé trente vraies années de gaîté, d'inattendu, d'intelligence, d'humour, d'esprit, d'idées." Sagan et fils est le combatif, nostalgique et tendre prolongement d'un grand amour filial. (Corinne Julve - Le Journal du Dimanche du 27 mai 2012) Après de longues hésitations, Denis Westhoff a fini par brosser le portrait de Françoise Sagan. Loin des habituelles biographies, le regard complice et pudique d'un fils sur une mère pas comme les autres... L'humour, le maître mot de Sagan et fils. Qui lui a fait apprécier Peggy Roche, la fameuse compagne de Françoise, aussi possessive que protectrice. Et qu'il manie ici pour narrer les anecdotes saganesques dont on ne se lasse pas, comme l'achat, au retour du casino de Deauville le 8 août 1959, à 8 heures du matin, de sa maison de location, le manoir de Breuil, avec les 80 000 francs gagnés la nuit même à la roulette (en jouant le 8), histoire d'échapper au fastidieux état des lieux... Denis Westhoff s'en aperçoit maintenant, il avait mille autres choses à dire sur Françoise et son oeuvre. Alors, comme il a pris goût à l'écriture, il est fort probable qu'il récidive. (Marianne Payot - L'Express, mai 2012) On pourrait s'agacer, sauf que peu à peu surgit en filigrane le portrait d'une femme humaine, profondément humaine, respectueuse de la liberté et de la vie d'autrui, se mettant en colère contre le racisme ou la précarité, donnant des milliers de francs aux plus démunis qu'elle croisait dans la rue ou qui lui écrivaient. Une femme qui incarna la modernité de son temps mais qui sut également - libre de tout, y compris des étiquettes dont on l'affubla - s'indigner contre la vulgarité de celui-ci. (Nelly Kaprièlian - Les Inrocks, juin 2012) Elle eut donc un fils avec le beau Bob Weshtoff, le prénomma Denis, l'entoura de l'affection qu'elle réservait au genre humain dans son ensemble, ni plus ni moins. Du coup, celui-ci fut ballotté comme une valise de luxe à travers l'existence nomade de sa maman star... Reste l'héritage : à sa mort, Françoise ne laisse que des dettes. Les amis s'en mêlent, les banquiers renâclent, Bercy ne veut rien entendre... Après quelques années de chicanes, Denis réussit à obtenir un moratoire fiscal. Il peut désormais rassembler les romans de sa mère chez un éditeur qui y croit, il s'agite, veut faire vivre, et survivre, une oeuvre que l'on croit datée, et qui ne l'est pas. L'énergie du fils devient alors émouvante : c'est l'énergie d'un orphelin qui n'a pas trouvé de meilleure solution pour dire à sa maman qu'il l'aime, qu'il l'a toujours aimée, même s'il n'a jamais su le lui dire. (Jean-Paul Enthoven - Le Point du 31 mai 2012) Il est le fils unique d'une légende qu'il voudrait bien débarrasser de sa légende. Non pas qu'elle fût fausse, mais elle a pris trop de place et les biographes ou les cinéastes, dont il corrige ici certaines erreurs, ne cessent de la gonfler à l'hélium... On portera d'ailleurs à son crédit deux qualités peu banales chez un héritier : la patience et la réserve. Car il a attendu d'avoir 50 ans pour écrire ce livre d'amour et d'admiration. D'amour pour une mère à laquelle il prête d'insoupçonnées vertus maternelles; d'admiration pour l'immarcescible romancière des lits défaits, des pianos dans l'herbe et des orages immobiles. (Jérôme Garcin - Le Nouvel Observateur du 7 juillet 2012) *--Ce texte fait référence à l'édition Broché .