Extrait: ...au-dessus du sol, et, se rejoignant d'une rive a l'autre, formaient un immense berceau. Sur la gauche, rien de plus pittoresque que cette foret inondee, qui semblait avoir ete plantee au milieu d'un lac. Les futs des arbres sortaient d'une eau tranquille et pure, dans laquelle tout l'entrelacement de leurs rameaux se reflechissait avec une incomparable purete. Ils eussent ete dresses au-dessus d'une immense glace, comme ces arbustes en miniature de certains surtouts de table que leur reflexion n'eut pas ete plus parfaite. La difference entre l'image et la realite n'aurait pu etre etablie. Doubles de grandeur, termines en haut comme en bas par un vaste parasol de verdure, ils semblaient former deux hemispheres, dont la jangada paraissait suivre un des grands cercles a l'interieur. Il avait fallu, en effet, laisser le train de bois s'aventurer sous ces arceaux auxquels se brisait le leger courant du fleuve. Impossible de reculer. De la, obligation de manoeuvrer avec une extreme precision pour eviter les chocs de droite et de gauche. En cela se montra toute l'habilete du pilote Araujo, qui fut d'ailleurs parfaitement seconde par son equipe. Les arbres de la foret fournissaient de solides points d'appui aux longues gaffes, et la direction fut maintenue. Le moindre heurt, qui aurait pu faire venir la jangada en travers, eut provoque un demolissement complet de l'enorme charpente, et cause la perte, sinon du personnel, du moins de la cargaison qu'elle portait. En verite, c'est fort beau, dit Minha, et il nous serait fort agreable de toujours voyager de la sorte, sur cette eau si paisible, a l'abri des rayons du soleil! -Ce serait a la fois agreable et dangereux, chere Minha, repondit Manoel. Dans une pirogue, il n'y aurait sans doute rien a craindre en naviguant ainsi; mais, sur un long train de bois, mieux vaut le cours libre et degage d'un fleuve. -Avant deux heures, nous aurons entierement...